Les nouveaux yachts : moins clinquants, plus écolos

Yachting Intelligence • 10 July 2009 • Comments (0)

Depuis cinq ans, les projets de yachts de plus de 50 mètres ont explosé à travers le monde. Enchères de luxe, de taille et de puissance. Les propriétaires se sont aussi affrontés sur le terrain du mauvais goût. La crise sonne la fin de la récré. La tendance est à l’esthétisme, aux propulsions hybrides et aux concepts intelligents.


Le milliardaire russe Andreï  Melnichenko a fait appel à Philippe Starck pour concevoir le A, un yacht à l’allure de sous marin pour minimiser sa prise au vent.

Ce dimanche de mai de Grand Prix à Monaco, on en apprend davantage sur les yachts en faisant son jogging sur le chemin des douaniers du Cap Martin qu’en flânant dans n’importe quel festival de plaisance. Car au pied de la falaise, seule une cinquantaine de yachts en mer, au lieu de la centaine habituelle, ont jeté l’ancre attirés par le spectacle de la Formule 1. La faute à la crise ? ” Le prix des super yachts a connu une vraie dérive ces dernières années. Par rapport à un paquebot de standing, ils coûtent 700% plus cher au kilo et 1 000% en terme de m3. E ce qui était acceptable hier ne l’est plus aujourd’hui”, analyse Martin Francis, un architecte naval anglais très reconnu. Lui y voit une dimension salvatrice. ” Nous devons développer des bateaux aux carènes plus efficaces, à l’image des voiliers, qui posséderont des propulsions hybrides alliant le fuel, l’éolien et le solaire.”

Même sentiment chez Philippe Starck qui cultive depuis longtemps une relation personnelle intense avec la mer et les navires. “De tout temps, des réalisations exceptionnelles ont contribué à construire les civilisations. Commandés par des mécènes, les super yachts font vivre les chantiers et cela n’est pas condamnable, même dans une période économiquement complexe. En revanche, ils sont très critiquables quand ils ne sont que l’incarnation des forces vulgaires de l’argent. Le temps des yachts nights-clubs est révolu. Un bateau doit se fondre dans le paysage et proposer une philosophie respectueuse de son environnement. La pollution réelle et visuelle des yachts n’est plus une solution.” Si les discours de Martin Francis et Philippe Starck se complètent aussi bien, c’est que les deux hommes ont collaboré voici un an à un projet qui marque encore le monde des yachts à moteur. Son nom ? Le A, désigne une incroyable réalisation de 119 mètres de long commandée par la famille russe Melnichenko (A comme Aleksandra, la femme du richissime banquier Andreï). Ce yacht a ouvert la voie aux bâtiments d’un nouveau genre.

Avec son étrave inversée démesurément longue et sa prise au vent minime, ce yacht possède l’allure d’un sous-marin. L’élegance a pris place à bord avec un minimalisme total consistant à masquer les éléments techniques. “J’ai puisé mon inspiration entre la vague et le poisson pour dessiner A”, explique Philippe Starck. Pour Martin Francis, l’augmentation de la longueur est une évolution inexorable. “La carène d’un yacht représente moins de 15% du coût total. Or plus une carène est longue et étroite, plus elle va vite, moins elle consomme de fuel et le bateau sera élégant.” Les économies sont pour lui à chercher dans les finitions qui doivent devenir raisonnables pas dans le concept.

Si A matérialise une philosophie, il reste un bateau “pré-crise”. Philippe Starck, emporté par cet élan, consacre désormais beaucoup de temps aux navires pour aller au bout de son concept. “Avant A, mes dessins plaisaient peu car les clients voulaient du clinquant.” Le designer développpe d’ailleurs un projet que son commanditaire veut garder ultra-confidentiel. Un super yacht de 150 mètres de long avec une technologie intelligente pour le rendre “invisible” une fois en mer. Ce navire possèdera une propulsion hybride. Inspiré des tenders de A, Starck a également imaginé des bateaux solaires qui arriveront dans les eaux de Venise début 2010. Un pays a lui même demandé de réfléchir à la mise en place d’une industrie navale complète, entièrement basée sur les énergies alternatives. Entre tous ces dossiers, le designer prend tout de même le temps de finaliser son voilier personnel qui mesurera 16 mètres et possèdera de nombreux panneaux solaires.

Autre acteur incontournable de cette nouvelle manière de penser, Wally a dévoiléun concept très novateur, WallyIsland. Cette unité de 99 mètres de long consommera beaucoup moins qu’un bateau de taille équivalente. Il permettra de vivre en mer avec une capacité en fuel de cinq ans sans faire le plein. Le pont de 1000m2 accueillera jardin, court de tennis ou héliport. La quête de l’autonomie reste d’ailleurs le but ultime. “Au vu du prix du m2 en bord de mer et du coût de la construction sur le littoral, il est évident que nous verrons de plus en plus de grandes structures flottantes qui serviront de lieu de résidence et pourront se déplacer à petite vitesse. L’électricité nécessaire à la vie courante sera générée par l’éolien et le photovoltaïque. Des lieux touchés par la montée des eaux, comme les Maldives par exemple, s’équiperont rapidement” analyse Martin Francis, en homme d’expérience. Le monde des super yachts va évoluer dans les années à venir pour devenir le laboratoire d’une nouvelle mannière de vivre. Robinson volontaire ? Dans les futurs supers yachts, il sera dur de savoir dire non.

Source : Les Echos Serie Limitée n°75 Juillet Aout 2009

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Category: Eco Luxury Yachts, Industry

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